dimanche 30 mai 2010

confort plus-que-spartiate inclut dans le forfait

Qu'est-ce qui fait qu'un gars qui n'aime pas le camping parce que "le matin, il fait trop chaud dans la tente et puis c'est chiant quand il pleut", accepte de passer cinq nuits à dormir sur un mince tapis? Son ascétisme inné? La recherche spirituelle de l'inconfort? Une gageure qui a mal tournée? Son goût soudain pour le froid intraitable des planchers de béton? Rien de tout cela, vraiment. Ne vous en faites pas trop, le goût du confort lentement acquis au fil de mes vingt-cing dernières années n'a pas été balayé du jour au lendemain par un tour de magie marocain. La beauté insaisissable des montagnes du Rif et la tranquilité nonchalante des habitants du village de Kalaâ, en revanche, donnent de sérieux motifs pour accepter les accrocs au confort qu'offre habituellement une auberge digne de ce nom.

Le contexte, parfois, fait tout la différence. Voilà maintenant plus d'un mois que je me trimballais dans ce beau pays qu'est le Maroc. Après avoir eu trop chaud dans une quarantaine d'heures de transport, dormi 30 nuits à l'hôtel et donc mangé environ 90 repas au restaurant, entendu 150 fois l'appel à la prière, refusé au moins 100 fois l'aide d'un faux guide, visité les médinas de Fes, Moulay Idriss, Marrakech, Agadir, Essaouira, El-Jadida, Rabat, Tétouan et Chefchaouen, passé trois nuits dans le désert et bu du thé à la menthe trop sucré au moins deux fois par jour... il vient un moment où n'importe quel voyageur en a un peu marre de jouer au touriste. C'est à moment-là que je décide d'aller là où le Lonely Planet ne dit mot et que je fais une petite marche d'à peine plus de six kiomètres en montagne, sous la pluie, de Chefchaouen vers Kalaâ. A mon arrivée à Kalaâ, le hasard aura voulu que la première personne que je crois me lance, avec son accent français : "bonjour ça va? Tu cherches l'auberge de Mohamed? Je loge là-bas, suis-moi je te montre c'est où". L'auberge en question est plus un gîte de fortune depuis que son propriétaire, par insousciance, a dépensé tout les revenus en un été puis, une fois la saison haute terminée, a dû vendre le mobilier pour payer ses comptes... L'auberge donc, ouvre sur une petite pièce commune avec, pour la détente des voyageurs, une table de salon rectangulaire et trois caisses de lait renversées sur lesquelles on met un coussin pour un confort accru. Le dortoir, quant à lui, est une grande pièce rectangulaire avec un tapis, une petite table et suffisament de couverture pour rester au chaud. La cuisine est tout aussi rudimentaire et il faut se laver à la mitaine, comme on dit, une fois que l'on a fait bouillir de l'eau chaude.

Tout cela est, encore une fois, une question de contexte d'abord et avant tout. En effet, aussitôt arrivé à l'auberge, le Français - Jérôme - m'invite à m'asseoir, prépare du thé à la menthe et m'explique : "c'est la quatrième fois que je viens ici. La première fois j'y ai passé six mois... J'en avais marre des touristes et du bruit des villes. Ici c'est tranquille et il n'y a rien à faire, j'en ai donc profité pour faire le vide." A cela il ajoute : "j'étais sur le point de faire un tagine de poisson, tu restes pour le dîner au moins?"

Jérôme et moi-même avons donc été les deux seuls touristes de Kalâa toute la semaine durant. Jérôme, qui a à peu prés mon âge, est bien connu et apprécié par les hommes du village. Aussi, ces derniers ne manquent jamais l'occasion de nous saluer, de faire des blagues et de s'asseoir pour nous faire la jasette, boire un café ou jouer aux cartes. De plus, deux fois par semaine il faut se rendre au marché (souk) de Chefchaouen et y faire des provisions en vue de nos repas à venir. (Vous ne pouvez pas vous imaginez le plaisir que j'ai eu à tout acheter dans ces étales de produits frais et exotiques.) Faire nos propres tagines le soir est donc rapidement devenu une occasion d'inviter certains villageois à venir partager ensemble un repas. A ce titre, par ailleurs, j'ai cuisiné un délicieux tagine de kefta, tomates et oeufs qui m'a valu d'être qualifié de vrai "djebli" par Ahmed et Mohamed, c'est-à-dire "d'habitant de la montagne". En bref, je me suis payé un authentique séjour au sein d'un village accueillant, chaleureux et aux habitants authentiques. L'absence de matelas dans l'auberge n'en était, en fin du compte, que le prix modique à payer.

Bientôt dans mon blogue, je vous parle de tout et de rien en faisant une liste des coutumes et traditions qui m'ont le plus marqué de mon séjour au Maroc. Ensuite... ensuite je pars pour l'Egypte!

3 commentaires:

  1. Tu me donne le goût d'aller en camping sauvage!!!!

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  2. là tu parles! rien faire, se moquer du temps, trouver le confort dans l'inconfort. contente que tu saches envoyer valser le Lonely Planet. bien hâte que tu me cuisines cette tajine :)

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  3. Wooow!

    C'est bien sympa de lire toutes tes aventures, mec! Profite-z-en bien!

    Poignée de main virile,

    Elpé

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