Après quelques semaines sur des sites plus-grand-que nature et archi-touristiques qu'est le parcours des Pharaons, j'avais bien besoin de me reposer la tête et de digérer le cours d'égyptologie intensif auquel j'ai eu droit. Vous ne comprenez pas vraiment de quoi je me plains? Je me plains d'une surdose d'information, d'explications et de monuments qui, au bout d'un moment, se confondent tous sans que l'on ait le temps de digérer l'ensemble. À titre d'exemple, imaginez-vous à Paris ou à Montréal en vacances avec le défi suivant: vous avez quatre jours pour faire le tour de toutes les églises de la ville et leur faire une visite en règle, incluant les explications détaillées de votre savant guide. Et vlan! vous êtes sonnés, étourdis et vos huit heures de sommeil par nuit ne suffisent plus sans que vous compreniez pourquoi. Vos yeux sont fatigués.
La vie marine qui existe dans la mer Rouge est l'une des plus diversifiées de la planète et il ne fait aucun doute, de l'avis d'un bon nombre de plongeurs expérimentés, que les côtes égyptiennes recèlent quelques-uns des plus spectaculaires sites de plongée. Pour ma part, je considère que j'y ai vu ce qu'aucun documentaire au Canal découverte n'aurait pu me préparer à voir, c'est-à-dire la sensation bien particulière de découvrir un monde qui m'était inconnu jusqu'alors. Depuis ce jour où j'ai fait de la plongée sous-marine, je peux maintenant dire qu'il en va de la mer comme des balades en dromadaire : il vaut beaucoup mieux être sous la mer que naviguer sur celle-ci comme il est de loin plus agréable de marcher à côté d'un dromadaire que de se laisser porter par celui-ci. Presque complètement silencieuse, j'ai pu y entendre des échos de dauphins, la mer obéit à des règles et un rythme à part. C'est aussi un des rares endroits sauvages où l'on peut observer, sans interférence, une aussi grande diversité animale.
Cet appel, émerveillé de la nature, que j'ai vécu avec joie et soulagement dans la mer Rouge, ne s'est pourtant pas fait sans mal. Le fait est que je ne suis pas un nageur dans l'âme. Je préfère davantage les montagnes à la mer. J'ai même une aversion marquée pour cette activité étrange que l'on appel "aller à la plage" et qui consiste généralement à se mouiller un peu, s'étendre sur une serviette et se faire bronzer (i.e. avoir trop chaud pour rien)...
J'ai donc commencé mon exploration de la mer Rouge comme on apprivoiserait un chien au caractère un peu mauvais, une étape à la fois. La première heure fut celle de la plongée en apnée. Dès cet instant, j'ai pu y faire mes premières observations. L'eau de mer est très salée et, si vous oubliez la longueur de votre tuba et que vous regardez de plus près le fond marin, alors que vous êtes fascinés par les poissons en contrebas, vous risquez d'en avaler une grande quantité. Saturé du goût de la mer, je pris alors une pause-café avant d'y retourner pour la seconde fois. Lors de ce deuxième périple, plein de confiance, je m'aventurai un peu plus au large de la mer. S'imposât alors une autre vérité marine: les vagues, lorsqu'elles sont assez fortes pour vous passer par-dessus la tête, peuvent également vous faire boire une importante quantité d'eau salée... Je retournai alors sur la terre ferme, un peu ébranlé mais sans aucune amertume (!) et surtout enchanté de ce que j'y ai vu.
Le surlendemain fût le moment de la grande expérience, celle de la plongée sous-marine en bonne et due forme. Pour les non-initiés l'introduction à la plongée sous-marine se fait de manière semblable à un premier saut en parachute, c'est-à-dire en tandem. Étant donné l'appareillage assez complexe qui accompagne cette activité, un maître-plongeur se charge de régler tous les cadrans (oxygène et autres) tout en s'assurant du bien-être de l'initié. Il n'y a d'ailleurs rien à reprocher à mon maître-plongeur qui m'a immergé dans la mer Rouge pendant une trentaine de minute. Le problème est plutôt venu de mon propre corps et de mon état d'esprit. Tout d'abord, mon oreille droite ne semble rien entendre aux techniques de repressurisation nécessaires à une certaine profondeur. J'ai cru que mon tympan allait exploser à un certain moment jusqu'à ce que la douleur s'estompe d'elle-même. Ensuite, la plus grande difficulté vient de mon état de confort à respirer sous l'eau. Il est si peu naturel de respirer tranquillement dans un tuyau alors que tout nos sens comprennent que l'on devrait normalement se noyer si l'on ne retourne pas à la surface au bout de quelques minutes! Je n'aurais jamais pu soupçonner la force du sentiment de panique qui m'a submergé et ce n'est qu'au bout d'une dizaine de minutes que j'ai pu regarder les merveilles qui nageaient à quelques centimètres de moi. Malgré tout, au final, au sortir de l'eau trente minutes plus tard, la nature sous-marine avait quand même réussie son petit tour de magie... Je ne pense maintenant plus qu'à une chose, un jour j'y retournerai. Il le faut, c'est comme un appel et c'est plus fort que moi.
Bientôt, le désert, encore et toujours.