samedi 10 juillet 2010

L'appel de la nature

Après quelques semaines sur des sites plus-grand-que nature et archi-touristiques qu'est le parcours des Pharaons, j'avais bien besoin de me reposer la tête et de digérer le cours d'égyptologie intensif auquel j'ai eu droit. Vous ne comprenez pas vraiment de quoi je me plains? Je me plains d'une surdose d'information, d'explications et de monuments qui, au bout d'un moment, se confondent tous sans que l'on ait le temps de digérer l'ensemble. À titre d'exemple, imaginez-vous à Paris ou à Montréal en vacances avec le défi suivant: vous avez quatre jours pour faire le tour de toutes les églises de la ville et leur faire une visite en règle, incluant les explications détaillées de votre savant guide. Et vlan! vous êtes sonnés, étourdis et vos huit heures de sommeil par nuit ne suffisent plus sans que vous compreniez pourquoi. Vos yeux sont fatigués.

C'est pourquoi j'ai déjà dit quelques fois dans ce voyage, et peut-être écrit, " un voyage, au sens large du terme, est davantage marqué par ce que l'on vit que par ce que l'on voit". Ainsi, de tous les sites, monuments et paysages que j'ai visité, et mis à part les photos que je conserverai aussi longtemps que possible, ma mémoire, elle, retiendra surtout des expériences sur fond d'images de plus en plus floues. Sauf que si la mémoire est une faculté qui oublie, ce qui s'offre à nos yeux n'a parfois rien de banal. Et même fatigué et un peu blasé, la mer Rouge, à la frontière de l'Afrique et du Moyen-Orient, m'a rappelée à quel point la nature - cette Terre - ne dévoile ses plus beaux apparats qu'à celui ou celle qui osent bien les regarder.

La vie marine qui existe dans la mer Rouge est l'une des plus diversifiées de la planète et il ne fait aucun doute, de l'avis d'un bon nombre de plongeurs expérimentés, que les côtes égyptiennes recèlent quelques-uns des plus spectaculaires sites de plongée. Pour ma part, je considère que j'y ai vu ce qu'aucun documentaire au Canal découverte n'aurait pu me préparer à voir, c'est-à-dire la sensation bien particulière de découvrir un monde qui m'était inconnu jusqu'alors. Depuis ce jour où j'ai fait de la plongée sous-marine, je peux maintenant dire qu'il en va de la mer comme des balades en dromadaire : il vaut beaucoup mieux être sous la mer que naviguer sur celle-ci comme il est de loin plus agréable de marcher à côté d'un dromadaire que de se laisser porter par celui-ci. Presque complètement silencieuse, j'ai pu y entendre des échos de dauphins, la mer obéit à des règles et un rythme à part. C'est aussi un des rares endroits sauvages où l'on peut observer, sans interférence, une aussi grande diversité animale.

Cet appel, émerveillé de la nature, que j'ai vécu avec joie et soulagement dans la mer Rouge, ne s'est pourtant pas fait sans mal. Le fait est que je ne suis pas un nageur dans l'âme. Je préfère davantage les montagnes à la mer. J'ai même une aversion marquée pour cette activité étrange que l'on appel "aller à la plage" et qui consiste généralement à se mouiller un peu, s'étendre sur une serviette et se faire bronzer (i.e. avoir trop chaud pour rien)...

J'ai donc commencé mon exploration de la mer Rouge comme on apprivoiserait un chien au caractère un peu mauvais, une étape à la fois. La première heure fut celle de la plongée en apnée. Dès cet instant, j'ai pu y faire mes premières observations. L'eau de mer est très salée et, si vous oubliez la longueur de votre tuba et que vous regardez de plus près le fond marin, alors que vous êtes fascinés par les poissons en contrebas, vous risquez d'en avaler une grande quantité. Saturé du goût de la mer, je pris alors une pause-café avant d'y retourner pour la seconde fois. Lors de ce deuxième périple, plein de confiance, je m'aventurai un peu plus au large de la mer. S'imposât alors une autre vérité marine: les vagues, lorsqu'elles sont assez fortes pour vous passer par-dessus la tête, peuvent également vous faire boire une importante quantité d'eau salée... Je retournai alors sur la terre ferme, un peu ébranlé mais sans aucune amertume (!) et surtout enchanté de ce que j'y ai vu.

Le surlendemain fût le moment de la grande expérience, celle de la plongée sous-marine en bonne et due forme. Pour les non-initiés l'introduction à la plongée sous-marine se fait de manière semblable à un premier saut en parachute, c'est-à-dire en tandem. Étant donné l'appareillage assez complexe qui accompagne cette activité, un maître-plongeur se charge de régler tous les cadrans (oxygène et autres) tout en s'assurant du bien-être de l'initié. Il n'y a d'ailleurs rien à reprocher à mon maître-plongeur qui m'a immergé dans la mer Rouge pendant une trentaine de minute. Le problème est plutôt venu de mon propre corps et de mon état d'esprit. Tout d'abord, mon oreille droite ne semble rien entendre aux techniques de repressurisation nécessaires à une certaine profondeur. J'ai cru que mon tympan allait exploser à un certain moment jusqu'à ce que la douleur s'estompe d'elle-même. Ensuite, la plus grande difficulté vient de mon état de confort à respirer sous l'eau. Il est si peu naturel de respirer tranquillement dans un tuyau alors que tout nos sens comprennent que l'on devrait normalement se noyer si l'on ne retourne pas à la surface au bout de quelques minutes! Je n'aurais jamais pu soupçonner la force du sentiment de panique qui m'a submergé et ce n'est qu'au bout d'une dizaine de minutes que j'ai pu regarder les merveilles qui nageaient à quelques centimètres de moi. Malgré tout, au final, au sortir de l'eau trente minutes plus tard, la nature sous-marine avait quand même réussie son petit tour de magie... Je ne pense maintenant plus qu'à une chose, un jour j'y retournerai. Il le faut, c'est comme un appel et c'est plus fort que moi.

Bientôt, le désert, encore et toujours.

dimanche 4 juillet 2010

Tout le monde à bord!

Dans le dernier blog, j'ai abordé la question du tourisme de masse d'un point de vue extérieur... Mais quoi de mieux que d'y participer de plein pied et d'y prendre un plaisir coupable. Quoi de plus cliché encore qu'une croisière sur le Nil dans un de ces gigantesques bateaux "5-étoiles-de-luxe" comme nous l'a si bien vendue notre agence de voyage égyptienne. Ne comptez cependant pas sur moi pour vous faire un plébiscite tout-de-go en faveur de la consommation touristique. Sauf que... je dois bien reconnaître que l'Égypte, avec ces mesures de sécurité obsessives, donnent franchement le goût, au bout d'un moment, de se faire prendre par la main jusqu'au prochain site pharaonique à voir. C'est de cela dont il s'agit. Arrêter de se donner du mal quand le jeu n'en vaut pas la chandelle.

Je m'explique. Pour parcourir le Nil par ses propres moyens, et de surcroît en été, il faut négocier le moindre de ces déplacements. Pas comme n'importe où ailleurs, oh non! Parce que le gouvernement égyptien craint constamment, en partie avec raison sans doute, qu'une nouvellevague d'attentats cible les touristes et nuise considérablement à une de ses premières ressources en devises étrangères. Concrètement, cela veut dire que simplement pour circuler d'un site ou d'une ville à l'autre le long du Nil, il faut soit obtenir un permis, avertir la police touristique de notre présence ou demander quelque chose comme une escorte policière. Rien de moins. Pour circuler entre les temples d'Abu Simbel et d'Aswan, par ailleurs grandioses pour ceux qui comme moi n'avaient jamais imaginé que l'Égypte ancienne faisait beaucoup mieux que des pyramides, le moyen le plus "simple" de circuler est de prendre le seul autobus de la journée qui ne peut accepter qu'un maximum de 4 étrangers à bord. Sécurité oblige! À moins bien sûr d'être du genre à vouloir perdre son énergie à corrompre la police touristique ou, bien sûr, de faire comme tout le monde et de passer par une agence de voyage.

De plus, comme si c'était arrangé avec le gars de l'agence de voyage, aucun transport collectif n'existe pour atteindre la bonne dizaine de sites à voir sur la centaine de kilomètre à parcourir le long du Nil. Négocier pour des taxis n'est pas une mince affaire et prendre l'autobus relève du parcours du guerrier : délais énormes, changement d'horaire sans préavis, aucun remboursement et absence totale d'indication. Il n'y a pas de quai d'embarquement ici, ni même de numéro d'autobus, il n'y a qu'un chauffeur qui crie la destination 5 minutes avant le départ - incha allah.

Le coup de génie, bref, c'est de prendre un forfait, d'accrocher sa caméra à son coup et de dire "wooooow" quand on trouve que c'est donc beau tout ça. Et les tours sont organisés pour vrai. Notre guide, qu'on avait juste pour nous deux, s'occupait de la planification de nos journées souvent très chargées: lever à 6 ou 7 heure, déjeuner, visite, dîner, temps libre, re-visite et retour juste-à-temps pour le souper. On a donc vu beaucoup de choses en peu de temps mais au moins on avait l'esprit tranquille et, dans mon cas, avec des températures frôlant les 50 degrés celsius et un estomac en déroute, je nous ai souvent félicité d'avoir opté pour la facilité et le confort.

Le génie de l'Égypte ancienne est d'ailleurs immanquable malgré l'achalandage excessifs des sites. On voudrait tous être seul devant de telles merveilles mais, puisque ce sont justement des monuments d'exception, chanceux sont ceux qui visitent les pharaons avec moins d'une ou deux centaines de touristes à leurs côtés. Pour autant, je ne pourrai jamais déconseiller à qui que ce soit d'aller voir de ces propres yeux des temples dont la beauté artistique dépasse notre imagination. Certains sites, surtout les tombeaux, façonnés ou creusés à même les montagnes, sont encore tout en couleur. MA-GNI-FIQUE! Et puis je l'ignorais mais il semble qu'à l'origine, tout ce que faisait les Égyptiens était soigneusement gravé puis peinturé des plafonds jusqu'au bas des murs, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ce sont des histoires bleus, jaunes, rouges, vertes, noires, et blanches qui se succèdent et racontent mythes, guerres, vies quotidiennes ou royales...

Et de retour au bateau de croisière? Le confort quoi, avec tout ce qu'il y a de plus "tout inclus" dans le genre. Une clientèle qui s'imagine que les Égyptiens sont des monstres et qui donc ne sort jamais sans un guide, danse en ligne, danse des canards (oui oui, vraiment), télévision satellite, buffet à l'occidentale trois fois par jour, partys pyjamas, piscine sur le toit, bronzage et tout le tralala. Tiens, parlant du buffet à bord, il semble que dans ces milieux il est coutume de se servir d'abord dans les plateaux de dessert parce que, et je cite: "tout le monde le fait et dans moins de quinze minutes, il n'y aura plus moyen d'avoir du dessert après le plat principal". Qu'à cela ne tienne, voilà!, je vous donne ma part de gâteau au chocolat et de jello au citron...

Bientôt, je vous parle de plage, de coraux, de poissons multicolores, de plongée en apnée, de plongée sous-marine et plus encore!