jeudi 5 août 2010

A Beyrouth comme a Montreal

Sachez d'abord que ce texte sera pratiquement depourvu d'accents puisque je vous ecrit depuis un cafe-internet syrien. Deja qu'ils prennent en note mon numero de passeport simplement pour utiliser Internet, il y a peu de chance que je leur face part de mon amere deception quant a leurs claviers anglais-arabes seulement.

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A Beyrouth, la temperature actuelle est exactement comme a Montreal, c'est-a-dire autour des trente degres celsius avec une humidite accablante, voire suffocante surtout dans des chambres d'hotels mal aerees. Cette compraison n'est toutefois pas valable en ce qui concerne le climat social. Le Liban, avec Beyrouth comme mosaiques ou convergent les tensions confessionnelles du pays, est toujours sur le point d'ebulition. Je ne suis malheureusement pas reste assez longtemps dans le pays pour vous faire un compte rendu detaille qui y regne. Toutefois, et malgre le fait qu'il est franchement paisible de visiter ce pays et ces habitants foncierement accueillants, le peuple libanais est non seulement meurtri mais il semble a tout moment preparer a retourner dans le cauchemar si familier de la guerre.

Tout d'abord, l'armee est omnipresente dans le pays. Il est au premier regard etrange et inquietant d'apercevoir des chars-d'assaut dans la capitale d'un pays qui n'est officiellement pas en guerre contre qui que ce soit. Et outre l'artillerie lourde, la presence, beaucoup plus importante, de soldats armees (qui sont par ailleurs utiles pour retrouver son chemin...), de barrages routiers et de barricades militaires le long des routes ou dans les quartiers et villages les plus paisibles rappellent a tous que ce pays est pret a faire feu. Contre qui exactement? Israel? Le Hezbollah? Les Phalangistes? Difficile a dire puisque meme dans l'armee les bataillons sont repartis selon la represantation estimee des 18 confessions officielles du pays.

Et quelle importance que l'appartenance confessionnelle en ce pays! Un exemple. Alors que je prenais une biere dans un des tres nombreux bars de Beyrouth, une cliente reguliere de l'endroit n'a pas tarde a me renseigner, un peu malgre elle, sur l'attention obsessive qui est accordee a l'affiliation religieuse d'un individu. En effet, apres avoir utilise une formule de salutation commune a tous les pays arabes (assalam aelikum - que la paix soit sur vous) je me suis fait gentillement expliquer que dans un quartier chretien il etait beaucoup plus approprie d'utiliser des formules a consonnances moins musulmanes tel que bonjour ou son equivalent arabe. En effet, ici, meme si il y a des bars dans tous les pays musulmans que j'ai visite, il semble aller de soi qu'un bar se trouve necessairement dans un quartier chretien. Premiere lecon importante. Ensuite, il semblerait qu'il est coutume pour un chretien de n'utiliser aucune formule musulmane dans la langue arabe. Ah bon, et moi qui croyait, qu'en fin du compte, les trois grandes religions monotheistes s'en remettaient tous au meme Dieu (peu importe qu'un tel soit le fils ou le prophet ou que le prophet soit a venir ou ...). Pour les Libanais, tout cela fait une difference parce les confessions sont determinees par les liens de sang et que chacun colle a son etiquette religieux comme si rien d'autre ne pouvait mieux les definir.

Face a toute cette violence, face aux trous de balles dans les murs d'edifices comme autant de temoignages. Malgre l'absence de solutions pacifiques a la segregation ambiente, le Liban est un pays fier qui vit ne pense pas trop aux lendemains desanchanteurs a venir. Je pense d'ailleurs que cela explique une forte propension qu'ont les Libanais a depenser sans compter dans des voitures de luxes, les clubs et restos branches et les vetements de marques. Entre vous et moi, les Libanais qui revent de voir Beyrouth retrouver son etiquette de Paris du Moyen-Orient ont encore du pain sur la planche.

samedi 10 juillet 2010

L'appel de la nature

Après quelques semaines sur des sites plus-grand-que nature et archi-touristiques qu'est le parcours des Pharaons, j'avais bien besoin de me reposer la tête et de digérer le cours d'égyptologie intensif auquel j'ai eu droit. Vous ne comprenez pas vraiment de quoi je me plains? Je me plains d'une surdose d'information, d'explications et de monuments qui, au bout d'un moment, se confondent tous sans que l'on ait le temps de digérer l'ensemble. À titre d'exemple, imaginez-vous à Paris ou à Montréal en vacances avec le défi suivant: vous avez quatre jours pour faire le tour de toutes les églises de la ville et leur faire une visite en règle, incluant les explications détaillées de votre savant guide. Et vlan! vous êtes sonnés, étourdis et vos huit heures de sommeil par nuit ne suffisent plus sans que vous compreniez pourquoi. Vos yeux sont fatigués.

C'est pourquoi j'ai déjà dit quelques fois dans ce voyage, et peut-être écrit, " un voyage, au sens large du terme, est davantage marqué par ce que l'on vit que par ce que l'on voit". Ainsi, de tous les sites, monuments et paysages que j'ai visité, et mis à part les photos que je conserverai aussi longtemps que possible, ma mémoire, elle, retiendra surtout des expériences sur fond d'images de plus en plus floues. Sauf que si la mémoire est une faculté qui oublie, ce qui s'offre à nos yeux n'a parfois rien de banal. Et même fatigué et un peu blasé, la mer Rouge, à la frontière de l'Afrique et du Moyen-Orient, m'a rappelée à quel point la nature - cette Terre - ne dévoile ses plus beaux apparats qu'à celui ou celle qui osent bien les regarder.

La vie marine qui existe dans la mer Rouge est l'une des plus diversifiées de la planète et il ne fait aucun doute, de l'avis d'un bon nombre de plongeurs expérimentés, que les côtes égyptiennes recèlent quelques-uns des plus spectaculaires sites de plongée. Pour ma part, je considère que j'y ai vu ce qu'aucun documentaire au Canal découverte n'aurait pu me préparer à voir, c'est-à-dire la sensation bien particulière de découvrir un monde qui m'était inconnu jusqu'alors. Depuis ce jour où j'ai fait de la plongée sous-marine, je peux maintenant dire qu'il en va de la mer comme des balades en dromadaire : il vaut beaucoup mieux être sous la mer que naviguer sur celle-ci comme il est de loin plus agréable de marcher à côté d'un dromadaire que de se laisser porter par celui-ci. Presque complètement silencieuse, j'ai pu y entendre des échos de dauphins, la mer obéit à des règles et un rythme à part. C'est aussi un des rares endroits sauvages où l'on peut observer, sans interférence, une aussi grande diversité animale.

Cet appel, émerveillé de la nature, que j'ai vécu avec joie et soulagement dans la mer Rouge, ne s'est pourtant pas fait sans mal. Le fait est que je ne suis pas un nageur dans l'âme. Je préfère davantage les montagnes à la mer. J'ai même une aversion marquée pour cette activité étrange que l'on appel "aller à la plage" et qui consiste généralement à se mouiller un peu, s'étendre sur une serviette et se faire bronzer (i.e. avoir trop chaud pour rien)...

J'ai donc commencé mon exploration de la mer Rouge comme on apprivoiserait un chien au caractère un peu mauvais, une étape à la fois. La première heure fut celle de la plongée en apnée. Dès cet instant, j'ai pu y faire mes premières observations. L'eau de mer est très salée et, si vous oubliez la longueur de votre tuba et que vous regardez de plus près le fond marin, alors que vous êtes fascinés par les poissons en contrebas, vous risquez d'en avaler une grande quantité. Saturé du goût de la mer, je pris alors une pause-café avant d'y retourner pour la seconde fois. Lors de ce deuxième périple, plein de confiance, je m'aventurai un peu plus au large de la mer. S'imposât alors une autre vérité marine: les vagues, lorsqu'elles sont assez fortes pour vous passer par-dessus la tête, peuvent également vous faire boire une importante quantité d'eau salée... Je retournai alors sur la terre ferme, un peu ébranlé mais sans aucune amertume (!) et surtout enchanté de ce que j'y ai vu.

Le surlendemain fût le moment de la grande expérience, celle de la plongée sous-marine en bonne et due forme. Pour les non-initiés l'introduction à la plongée sous-marine se fait de manière semblable à un premier saut en parachute, c'est-à-dire en tandem. Étant donné l'appareillage assez complexe qui accompagne cette activité, un maître-plongeur se charge de régler tous les cadrans (oxygène et autres) tout en s'assurant du bien-être de l'initié. Il n'y a d'ailleurs rien à reprocher à mon maître-plongeur qui m'a immergé dans la mer Rouge pendant une trentaine de minute. Le problème est plutôt venu de mon propre corps et de mon état d'esprit. Tout d'abord, mon oreille droite ne semble rien entendre aux techniques de repressurisation nécessaires à une certaine profondeur. J'ai cru que mon tympan allait exploser à un certain moment jusqu'à ce que la douleur s'estompe d'elle-même. Ensuite, la plus grande difficulté vient de mon état de confort à respirer sous l'eau. Il est si peu naturel de respirer tranquillement dans un tuyau alors que tout nos sens comprennent que l'on devrait normalement se noyer si l'on ne retourne pas à la surface au bout de quelques minutes! Je n'aurais jamais pu soupçonner la force du sentiment de panique qui m'a submergé et ce n'est qu'au bout d'une dizaine de minutes que j'ai pu regarder les merveilles qui nageaient à quelques centimètres de moi. Malgré tout, au final, au sortir de l'eau trente minutes plus tard, la nature sous-marine avait quand même réussie son petit tour de magie... Je ne pense maintenant plus qu'à une chose, un jour j'y retournerai. Il le faut, c'est comme un appel et c'est plus fort que moi.

Bientôt, le désert, encore et toujours.

dimanche 4 juillet 2010

Tout le monde à bord!

Dans le dernier blog, j'ai abordé la question du tourisme de masse d'un point de vue extérieur... Mais quoi de mieux que d'y participer de plein pied et d'y prendre un plaisir coupable. Quoi de plus cliché encore qu'une croisière sur le Nil dans un de ces gigantesques bateaux "5-étoiles-de-luxe" comme nous l'a si bien vendue notre agence de voyage égyptienne. Ne comptez cependant pas sur moi pour vous faire un plébiscite tout-de-go en faveur de la consommation touristique. Sauf que... je dois bien reconnaître que l'Égypte, avec ces mesures de sécurité obsessives, donnent franchement le goût, au bout d'un moment, de se faire prendre par la main jusqu'au prochain site pharaonique à voir. C'est de cela dont il s'agit. Arrêter de se donner du mal quand le jeu n'en vaut pas la chandelle.

Je m'explique. Pour parcourir le Nil par ses propres moyens, et de surcroît en été, il faut négocier le moindre de ces déplacements. Pas comme n'importe où ailleurs, oh non! Parce que le gouvernement égyptien craint constamment, en partie avec raison sans doute, qu'une nouvellevague d'attentats cible les touristes et nuise considérablement à une de ses premières ressources en devises étrangères. Concrètement, cela veut dire que simplement pour circuler d'un site ou d'une ville à l'autre le long du Nil, il faut soit obtenir un permis, avertir la police touristique de notre présence ou demander quelque chose comme une escorte policière. Rien de moins. Pour circuler entre les temples d'Abu Simbel et d'Aswan, par ailleurs grandioses pour ceux qui comme moi n'avaient jamais imaginé que l'Égypte ancienne faisait beaucoup mieux que des pyramides, le moyen le plus "simple" de circuler est de prendre le seul autobus de la journée qui ne peut accepter qu'un maximum de 4 étrangers à bord. Sécurité oblige! À moins bien sûr d'être du genre à vouloir perdre son énergie à corrompre la police touristique ou, bien sûr, de faire comme tout le monde et de passer par une agence de voyage.

De plus, comme si c'était arrangé avec le gars de l'agence de voyage, aucun transport collectif n'existe pour atteindre la bonne dizaine de sites à voir sur la centaine de kilomètre à parcourir le long du Nil. Négocier pour des taxis n'est pas une mince affaire et prendre l'autobus relève du parcours du guerrier : délais énormes, changement d'horaire sans préavis, aucun remboursement et absence totale d'indication. Il n'y a pas de quai d'embarquement ici, ni même de numéro d'autobus, il n'y a qu'un chauffeur qui crie la destination 5 minutes avant le départ - incha allah.

Le coup de génie, bref, c'est de prendre un forfait, d'accrocher sa caméra à son coup et de dire "wooooow" quand on trouve que c'est donc beau tout ça. Et les tours sont organisés pour vrai. Notre guide, qu'on avait juste pour nous deux, s'occupait de la planification de nos journées souvent très chargées: lever à 6 ou 7 heure, déjeuner, visite, dîner, temps libre, re-visite et retour juste-à-temps pour le souper. On a donc vu beaucoup de choses en peu de temps mais au moins on avait l'esprit tranquille et, dans mon cas, avec des températures frôlant les 50 degrés celsius et un estomac en déroute, je nous ai souvent félicité d'avoir opté pour la facilité et le confort.

Le génie de l'Égypte ancienne est d'ailleurs immanquable malgré l'achalandage excessifs des sites. On voudrait tous être seul devant de telles merveilles mais, puisque ce sont justement des monuments d'exception, chanceux sont ceux qui visitent les pharaons avec moins d'une ou deux centaines de touristes à leurs côtés. Pour autant, je ne pourrai jamais déconseiller à qui que ce soit d'aller voir de ces propres yeux des temples dont la beauté artistique dépasse notre imagination. Certains sites, surtout les tombeaux, façonnés ou creusés à même les montagnes, sont encore tout en couleur. MA-GNI-FIQUE! Et puis je l'ignorais mais il semble qu'à l'origine, tout ce que faisait les Égyptiens était soigneusement gravé puis peinturé des plafonds jusqu'au bas des murs, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ce sont des histoires bleus, jaunes, rouges, vertes, noires, et blanches qui se succèdent et racontent mythes, guerres, vies quotidiennes ou royales...

Et de retour au bateau de croisière? Le confort quoi, avec tout ce qu'il y a de plus "tout inclus" dans le genre. Une clientèle qui s'imagine que les Égyptiens sont des monstres et qui donc ne sort jamais sans un guide, danse en ligne, danse des canards (oui oui, vraiment), télévision satellite, buffet à l'occidentale trois fois par jour, partys pyjamas, piscine sur le toit, bronzage et tout le tralala. Tiens, parlant du buffet à bord, il semble que dans ces milieux il est coutume de se servir d'abord dans les plateaux de dessert parce que, et je cite: "tout le monde le fait et dans moins de quinze minutes, il n'y aura plus moyen d'avoir du dessert après le plat principal". Qu'à cela ne tienne, voilà!, je vous donne ma part de gâteau au chocolat et de jello au citron...

Bientôt, je vous parle de plage, de coraux, de poissons multicolores, de plongée en apnée, de plongée sous-marine et plus encore!


mardi 29 juin 2010

Quand le tourisme souffre d'embonpoint sévère

À l'heure actuelle, se rendre jusqu'à l'authentique oasis de Siwa n'est pas une chose simple. À partir d'Alexandrie par exemple, il faut compter entre 7 et 9 heures d'autobus à travers le désert qui chevauche une bonne partie de l'Égypte et de la Libye. Autrement, louer un 4x4 pour se rendre d'oasis en oasis du Nil jusqu'à Siwa prend plus ou moins quatre jours... l'autobus est donc souvent l'option préférée par les voyageurs qui daignent bien faire le trajet et s'offrir un moment de tranquilité hors du commun.

Le détour en vaut la chandelle. Après quelques centaines de kilomètres de route dans un désert impénétrable, une gigantesque palmeraie verdoyante surgit soudain du néant pour y abriter une petite ville d'environ 22 000 âmes. Reposant sur une nappe phréatique que ses habitants qualifient fièrement d'intarissable, l'oasis de Siwa est rustique, riches en palmiers, en forteresses millénaires et surtout, au grand plaisir des touristes et des locaux qui s'y rafraîchissent, en sources d'eau naturelles. Encore peu fréquentée, Siwa demeure l'endroit par excellence pour faire des excursions dans le désert, se baigner entouré de dunes infinies et dormir à la belle étoile les pieds dans le sable.

Sauf que, comme partout ailleurs en Égypte un phénomène cruelle menace la tranquillité d'esprit des habitants de Siwa : le tourisme de masse. En effet, une autoroute est présentement en construction entre le Caire et cet oasis qui ne pèse pas lourd démographiquement - à peine un pourcent de la population de la capitale. Je le sais parce que Amir, un Montréalais, dont les parents sont Égyptiens et que j'ai rencontré à Siwa, a entraîné Patrick et moi dans une réunion de l'association touristique locale. Au fil de leurs discussions, les membres de l'association nous ont confié leurs plus grandes craintes quant au (sur)développement touristique - éminent - que générera la nouvelle autoroute. Outre la peur justifiée que le tourisme de masse travestisse la culture, les traditions et la langue des ces authentiques bédouins, le pire viendra sans doute de la sur-utilisation de la nappe phréatique. Non pas parce que l'eau manque mais plutôt parce que l'eau utilisée se dirige ensuite vers des lacs salés qui, déjà et malgré de vaines tentatives du gouvernement égyptien de juguler le problème, débordent et inondent des terres jusqu'alors fertiles. Les Siwens craignent donc de tout perdre dans un développement sans frein, jusqu'à l'essence même d'un oasis, soit leur relation avec la palmeraie qui procure généralement fraîcheur et récoltes abondantes.


Ce scénario échafaudé par les Siwens n'a rien d'apocalyptique. La poursuite de mon voyage en Égypte m'a permis de constater que ce scénario s'est reproduit partout ailleurs dans les deux dernières décennies. À Sharm-el-Sheik par exemple, là où, il y a une vingtaine d'année, il n'y avait que quelques hôtels sur le bord de la plage, se trouve maintenant suffisamment de Resort, de Casinos et de méga-complexes commerciaux pour permettre à cette nouvelle station balnéaire de se présenter comme une cousine de Las Vegas. Du magasin Mont-Blanc en passant par une reproduction géante du décor des milles et une nuits et des bars construits à même le roc des montagnes du Sinaï, Sharm-el-Sheik veut vous en mettre plein la vue. Le problème, c'est que la corruption et l'absence, apparente du moins, de normes de développement ont des effets désastreux sur l'environnement et les populations locales. Ainsi, la Mer Rouge et son désert avoisinant étant de plus en plus pollués et occupés, la population locale (des Bédouins encore une fois) se retrouve avec moins de poissons à manger, une perte des traditions locales et des emplois dans l'industrie du tourisme qui se résument à vendre des pacotilles dans la rue ou des tours de chameau. La manne touristique - celle qui ne quitte jamais les complexes hôteliers - fait pour ces laisser-pour-compte plutôt partie d'un rêve en couleur... avec vue sur la mer, bien entendue.

Dans mon prochain blogue, directement en lien avec cellui-ci, je vous explique pourquoi je me suis moi-même retrouver dans une croisière tout-inclus sur le Nil !!


mercredi 16 juin 2010

Le nez bouché, les yeux ouverts

Mon départ du Maroc pour l’Égypte a mal commencé par un avion manqué. Imaginez-vous donc que le changement pour l’heure avancée du Maroc a devancé mon billet d’avion de 23h05 à 00h05 de la même journée... Drôle de logique qui fait qu’au moment d’enregistrer mes bagages, j’avais déjà manqué mon vol depuis quelque chose comme 19 ou 20 heures! La pénalité de 1600 DH à payer et le vent de panique passé, j’ai tout de même réussi à prendre l’avion pour rejoindre le Caire et mon ami Patrick – nous sommes désormais un duo pour les prochaines six semaines. Je vous en donne des nouvelles si jamais il y a moyen de se faire rembourser les frais advenant l’absence de logique des compagnies aériennes – pourquoi donc ne pas prévoir le changement d’heure au moment de l'achat du billet? – mais pour le moment je me la joue zen et je mets ça au compte des expériences “qui nous font grandir”. N’empêche, la providence n’est pas de mon côté quand il s’agit de trajets longues distances. Du Guatemala à Montréal, mon vol avec escales avait duré 23 heures au lieu de 12 en raison des vent violents. Une année auparavant, mon trajet d’autobus de Montréal à New York, par les efforts combinés d’une tempête et d’ennuis mécaniques, avait mis douze heures supplémentaires pour nous conduire à bon port. Adieu le long weekend de trois jours...

Bref, si quitter le Maroc ne s’est pas fait sans douleur, arriver au Caire nous aura donné un léger haut-le-coeur. Ville surchauffée de plus de 20 millions d’habitants, le romantisme appréhendé par l’égyptologue qui sommeille en nous est rapidement étouffé par une pollution suffocante, envahissante. Le bleu du ciel a depuis longtemps cédé la place à des teintes de gris-sales qui réussissent même à faire disparaître le soleil par moment. À cela s’ajoute la circulation dense, chaotique et excessivement bruyante : les feux de circulation sont absents (imaginez!) et le klaxon est LE moyen de se frayer une place dans cette jungle urbaine. Pour finir, pour emballer le tout, l’absence de gestion apparente des déchets n’a d’égal que l’insouciance, l’ignorance aussi sans doute, avec laquelle les citoyens se débarrasent de leurs déchets directement dans la rue. Non, je n’exagère pas et même quand on prend la peine de demander à jeter un papier à la poubelle, on se fait indiquer la rue derrière soi. Disons qu’après avoir passé un mois à respirer le grand air des montagnes du Rif, mon nez s’en est pratiquement trouvé victime d’un traumatisme olfactif.

C’est donc pourquoi nous n’avons donc pas pris plus que les quelques jours nécessaires dans cette grande ville qu’est le Caire pour faire connaissance avec elle et dire bonjour aux fameuses pyramides de Cheops et compagnie. Oui, j’ai vu des pyramides et le Sphinx. Il fallait toutefois s’y attendre, ce site historique se comporte comme une grande vedette hollywoodienne, avec tout le tapage commercial et médiatique – représentations miniatures à vendre, tours de chameau ou de cheval, crayons souvenirs, spectacle de sons et lumières le soir, etc. – et ces millions de papparazis qui débarquent, tous les dix minutes, d’un de ces ignominieux bus voyageurs tout-inclus.

Un mot pour qualifier le Caire et les environs? Ouf! Je suis venu, j’ai vu, et j’ai survécu... à la capitale Égyptienne en sachant bien maintenant que les dimensions d’une grande ville sont à jamais repoussées dans mon esprit. Montréal est une petite grande-ville. New York, est une mégalopole bien vivante et le Caire se trouve dans une catégorie à part. À un point tel qu’elle est fascinante malgré tout.


À la semaine prochaine donc, d’où je reviendrai d’un oasis plein de palmiers et de sources d’eau naturelles. De quoi prendre un bon bol d’air frais.

mardi 8 juin 2010

Bye bye Maroc, sniff !

Mon voyage au Maroc s'achève déjà et, bien que ce soit pour mieux continuer mon voyage, je dois admettre ressentir un petit pincement au coeur. En fait, les voyageurs purs et durs me dirais sans doute que c'est exactement pour cela qu'il est temps que je parte : je me sens de plus en plus confortablement installé au Maroc. Par définition, il me semble qu'un voyageur est toujours un peu incomfortable. Or donc, d'ici à ce que je reperde tous mes repères en Egypte, le 11 juin prochain, je vous dresse ici mes faits saillants du vocabulaire marocain. Vu des yeux de mes amis maghrébins, je tomberai sûrement dans un cliché ou deux... et puis pourquoi pas!

Les expressions marocaines sont souvent l'heureux résultat d'un mélange d'arabe et de divers dialectes berbères. Il y a de ces mots qui sonnent bien, que l'on trouve pesque des prétextes pour les dire de nouveau, pour refaire les mimiques qui les accompagnent.

Le "flouss" : c'est l'argent, sujet omniprésent dans une relation entre un touriste et son holmologue marocain. Il est toujours bien de pouvoir combiner flouss avec "bizef " (beaucoup ou trop selon le contexte) devant un marchant un peu gourmand. Pour bien réussir la combinaison, il faut prendre la face du "niaise-moi pas, je suis pas né d'la dernière neige" et dire "hada bizeeeeef de flouss!" Rien que comme ça, j'ai pu faire réduire de moitié le prix initial.

Devant les enfants, il faut plutôt éviter de montrer quelque richesse apparente. Si, par exemple, vous marchez à la montagne avec une grande boutielle d'eau froide à la main, ne vous surprenez pas qu'une bonne dizaine ou plus d'enfants vous courent après pour la bouteille, un stylo, du flouss... Il faut donc tout cacher et utiliser un autre de ces mots fantastiques : "walou". Allez-y, dites "walou", ou rien, quelques fois pour que ça sonne naturel et utilisez-le à la maison ou au travail. Du pur plaisir ! "Arachi dirham, arachi stylo" disent les enfants. Désolé, "la aïndi walou" (j'ai rien)... Waaalou! (Ici aussi on peut mettre l'emphase sur la voyelle au cas où l'on insiste).

Par ailleurs, la religion musulmane est très présente dans le language courant. Il est à la fois très utile et drôle de maîtriser certaines des millions de références à Dieu que l'on entend quotidiennement. Bismil'lah, au nom de dieu, est à mon avis la plus utile. Lors de n'importe quelle transaction marchande, dire bismil'lah remet au nom de dieu l'honnêté du prix payé... vous devriez voir voir la tête de certains quand je prononce ces mots! J'ai un ami qui a vu le prix de ses légumes diminuer rien que pour ça! Enfin, on s'en remet à dieu pour tout ici : avant un exercice physique exigeant, en démarrant le moteur de l'autobus ou du taxi (j'aimerais mieux qu'on s'en remette à la bonne mécanique mais bon...) et aussi à chaque que l'on commence un repas, pour ne pas oublier que bien manger n'est pas l'apanage de tous.

Inch'allah est un classique et, utilisé avec doigté, ce révèle un allié puissant pour rester polie et ne jamais rien promettre de trop engageant. On m'invite à prendre un café, à visiter un commerce de tapis, à passer pour discuter de choses et d'autres mais ça me tente pas ou je ne sais simplement pas ce que je ferai demain... "ouarra, membad inch'allah" (d'accord, plus tard...). On y prend vite goût! J'aime cette manière de remettre mes responsabilités dans les mains d'une force supérieure et abstraite!

A suivre. Et on se reparle de l'Egypte... Inch'allah!

dimanche 30 mai 2010

confort plus-que-spartiate inclut dans le forfait

Qu'est-ce qui fait qu'un gars qui n'aime pas le camping parce que "le matin, il fait trop chaud dans la tente et puis c'est chiant quand il pleut", accepte de passer cinq nuits à dormir sur un mince tapis? Son ascétisme inné? La recherche spirituelle de l'inconfort? Une gageure qui a mal tournée? Son goût soudain pour le froid intraitable des planchers de béton? Rien de tout cela, vraiment. Ne vous en faites pas trop, le goût du confort lentement acquis au fil de mes vingt-cing dernières années n'a pas été balayé du jour au lendemain par un tour de magie marocain. La beauté insaisissable des montagnes du Rif et la tranquilité nonchalante des habitants du village de Kalaâ, en revanche, donnent de sérieux motifs pour accepter les accrocs au confort qu'offre habituellement une auberge digne de ce nom.

Le contexte, parfois, fait tout la différence. Voilà maintenant plus d'un mois que je me trimballais dans ce beau pays qu'est le Maroc. Après avoir eu trop chaud dans une quarantaine d'heures de transport, dormi 30 nuits à l'hôtel et donc mangé environ 90 repas au restaurant, entendu 150 fois l'appel à la prière, refusé au moins 100 fois l'aide d'un faux guide, visité les médinas de Fes, Moulay Idriss, Marrakech, Agadir, Essaouira, El-Jadida, Rabat, Tétouan et Chefchaouen, passé trois nuits dans le désert et bu du thé à la menthe trop sucré au moins deux fois par jour... il vient un moment où n'importe quel voyageur en a un peu marre de jouer au touriste. C'est à moment-là que je décide d'aller là où le Lonely Planet ne dit mot et que je fais une petite marche d'à peine plus de six kiomètres en montagne, sous la pluie, de Chefchaouen vers Kalaâ. A mon arrivée à Kalaâ, le hasard aura voulu que la première personne que je crois me lance, avec son accent français : "bonjour ça va? Tu cherches l'auberge de Mohamed? Je loge là-bas, suis-moi je te montre c'est où". L'auberge en question est plus un gîte de fortune depuis que son propriétaire, par insousciance, a dépensé tout les revenus en un été puis, une fois la saison haute terminée, a dû vendre le mobilier pour payer ses comptes... L'auberge donc, ouvre sur une petite pièce commune avec, pour la détente des voyageurs, une table de salon rectangulaire et trois caisses de lait renversées sur lesquelles on met un coussin pour un confort accru. Le dortoir, quant à lui, est une grande pièce rectangulaire avec un tapis, une petite table et suffisament de couverture pour rester au chaud. La cuisine est tout aussi rudimentaire et il faut se laver à la mitaine, comme on dit, une fois que l'on a fait bouillir de l'eau chaude.

Tout cela est, encore une fois, une question de contexte d'abord et avant tout. En effet, aussitôt arrivé à l'auberge, le Français - Jérôme - m'invite à m'asseoir, prépare du thé à la menthe et m'explique : "c'est la quatrième fois que je viens ici. La première fois j'y ai passé six mois... J'en avais marre des touristes et du bruit des villes. Ici c'est tranquille et il n'y a rien à faire, j'en ai donc profité pour faire le vide." A cela il ajoute : "j'étais sur le point de faire un tagine de poisson, tu restes pour le dîner au moins?"

Jérôme et moi-même avons donc été les deux seuls touristes de Kalâa toute la semaine durant. Jérôme, qui a à peu prés mon âge, est bien connu et apprécié par les hommes du village. Aussi, ces derniers ne manquent jamais l'occasion de nous saluer, de faire des blagues et de s'asseoir pour nous faire la jasette, boire un café ou jouer aux cartes. De plus, deux fois par semaine il faut se rendre au marché (souk) de Chefchaouen et y faire des provisions en vue de nos repas à venir. (Vous ne pouvez pas vous imaginez le plaisir que j'ai eu à tout acheter dans ces étales de produits frais et exotiques.) Faire nos propres tagines le soir est donc rapidement devenu une occasion d'inviter certains villageois à venir partager ensemble un repas. A ce titre, par ailleurs, j'ai cuisiné un délicieux tagine de kefta, tomates et oeufs qui m'a valu d'être qualifié de vrai "djebli" par Ahmed et Mohamed, c'est-à-dire "d'habitant de la montagne". En bref, je me suis payé un authentique séjour au sein d'un village accueillant, chaleureux et aux habitants authentiques. L'absence de matelas dans l'auberge n'en était, en fin du compte, que le prix modique à payer.

Bientôt dans mon blogue, je vous parle de tout et de rien en faisant une liste des coutumes et traditions qui m'ont le plus marqué de mon séjour au Maroc. Ensuite... ensuite je pars pour l'Egypte!