Ce n'est pas un grand secret même si vous l'ignorez peut-être; je suis féministe. Je crois même l'être depuis pas mal longtemps, depuis un jour ou l'autre au Cégep alors que l'on se demande quelles sont nos convictions profondes. Je suis donc convaincu que les discriminations de toutes sortes, le féminisme n'ayant aucune raison de se cantonner dans la poursuite de l'égalité homme-femme, nuisent à un monde meilleur. A ce titre, mes yeux de voyageur dans un monde musulman ne peuvent que se désoler de ce qui m'apparaît comme une profonde sous-valorisation de la Femme en regard de l'Homme.
En effet, il est frappant de constater que les hommes se réservent ici une foule de privilèges qui, dans la plupart des familles, isolent les femmes de la vie sociale et politique . D'abord, la vaste majorité des emplois sont réservés aux hommes ou aux femmes non-mariées. La femme mariée reste plutôt à la maison et s'occupe des enfants. Et même si le divorce est permis au Maroc, la séparation équitable des biens ou les pensions alimentaires bien connues au Québec n'existent pas. Plus souvent qu'autrement, une femme divorcée est une femme à la rue. De plus, la vie publique est généralement réservée aux hommes, avec de notables et importantes nuances dans les grandes villes. Ainsi, la très grande majorité des nombreux cafés et des quelques bars sont strictement masculins ou permis aux non-musulmanes ( i.e. les touristes) qui, si elles réussisent à se sentir à l'aise, gagnent à être accompagnées d'un homme. Les femmes, de leur côté, vont avec les enfants dans les parcs, chez une voisine ou restent à la maison. A la campagne, les mariages sont systématiquement le résultat d'ententes entre deux chefs de famille, généralement dans le but de ne pas diluer la possesion des terres agricoles. Dans la petite ville de Chefchaouen existe une rue, par ailleurs souvent nomée à juste titre "promenade des femmes", ou les mères circulent avec leurs filles célibataires et bien mises dans le but de leur trouver un bon parti...
Voilà tout un ensemble d'observations qui froissent les idéaux du féministe en moi. Et j'aimerais tant pouvoir vous raconter que j'ai pris le thé avec une mère de famille marocaine qui m'a raconté comment elle voyait sa vie ici. Mais cela ne se fait pas. Point. Lors d'un mariage auquel j'ai assisté, malgré les trois cents villageois invités, pas une seule pièce ou endroit de célébration n'était mixte. Trois jours de fêtes dans la tradition avec le mouton hallal, les musiciens, les danseuses de baladis et les femmes d'un bord, les hommes de l'autre. Et croyez-moi, en tant que jeune homme occidental visitant un village, parler à une jeune femme équivaut presque à des intentions de mariage tellement cela semble être la seule raison valable de lui faire la conversation.
Cela étant dit, il vaut mieux ne pas trop s'en formaliser. Je constate seulement, puisqu'ici je ne suis pas chez moi. Et à moins d'y passer des années, je ne vois pas pourquoi je me mèlerais d'arriver ici en donnant des leçons de féminisme à l'occidental. D'abord parce beaucoup de femmes elles-mêmes ne perçoivent pas du tout les choses comme je vous les décris. Ensuite, je ne suis que très peu renseigné sur tout un ensemble de dynamiques sociales, économiques et culturelles qui façonnent la vie familliale d'ici. Juger celle-ci ne ferait sans doute que creuser un fossé entre moi et les Marocains que je rencontre. J'ajouterais, enfin, qu'il y a dans la jeunesse marocaine suffisamment de dynamisme et d'idées qui circulent pour que les Marocains et les Marocaines trouvent eux-même un nouveau contrat social égalitaire et surtout, authentique. Et cela viendra, j'en suis convaincu.
Bientôt, une foule de nouvelles nouvelles, un aperçu de mon séjour en montagne et pourquoi j'ai dormi cinq nuits dans une auberge sans lits.
vendredi 21 mai 2010
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
J'aime te lire :)
RépondreSupprimerToujours un plaisir de te lire, Nico. En effet, la bonne attitude à adopter est le respect dans toute sa grandeur d'âme. Il a fallu moi aussi que je mette au placard mes idéologies féministes au Mali pour m'intégrer dans leur société et enfin comprendre la vie malienne avec un nouveau regard. Toutefois, les femmes maliennes ne vivent pas d'exclusion ni d'oppression sociales comme les marocaines. Je comprends ton désarroi.
RépondreSupprimerAutres pays, autres moeurs...
Je suis d'accord avec toi Anik sauf que je ne dirais pas que je vis le désarroi... plus une confirmation nuancée de l'idée que je me faisais de la place de la femme dans certaines sociétés machistes.
RépondreSupprimer