jeudi 29 avril 2010

Amazir - Hommes libres

Dans le sud du Maroc, il est courant d'apercevoir, gravé sur un rocher ou peinturé sur un mur, une lettre berbère qui ressemble à un bonhomme-allumettes les bras dans les airs : c'est amazir, une lettre qui signifie homme libre. Anodin au premier regard, le symbole est lourd de sens. J'ai écrit précédemment que les Berbères constituent l'ethnie majoritaire sur le sol marocain. Les exemples, sur cette planète, de majorités dont les droits sont bafoués par une minorité ne manquent pas. Et tel a longtemps été le cas des Berbères ici. Sous le règne du roi Hassan II, père de l'actuel roi Mohammed VI, leur langue étaient interdites dans les communications officielles. Vous allez à la poste ou la banque et voudriez vous adressez à votre vis-à-vis dans votre langue natale commune ? La prison! C'est ce qui, parmis tant d'autres choses, fait du roi actuel un homme populaire et louangé de toutes parts - gare à ceux qui diront le contraire! La discrimination linguistique n'a plus lieu et les services, de même que l'enseignement aux enfants, sont de plus en plus ouvert à ce que l'arabe et le français laissent une place aux dialectes berbères.

Les irréductibles Berbères, qui ont d'ailleurs repris à leur compte ce titre péjoratif de "barbares" attribués par les Romains, ont sans doute résisté à l'assimilation entre autres grâce à une tradition et une culture fortes mais aussi une organisation sociale homogène. En effet, chaque Bèrbère appartient à une tribu clairement identifiée par un nom et un territoire. Ensuite, chacune des tribus est divisée en factions, délimitées géographiquement, qui elles-mêmes comportent plusieurs famille. Le nombre des ces sous-ensembles varient bien sûr selon la taille de la tribu et, davantage chez les populations rurales que citadines, ce type d'organisation demeure très répandu. Prenons par exemple la famille berbère chez qui nous avons bu le thé. A l'été, quand la chaleur devient insupportable, ils se déplacent vers les hautes montagnes à la recherche d'une maison-grotte d'été... Si, à la finde la saison, ils veulent retrouver leur maison-grotte d'hiver et qu'il se trouve occupé par un autre membre de la faction, et bien qu'à cela ne tienne, ils trouveront un autre endroit pour élire domicile. Car les individus et familles sont d'abord au service de leur faction à laquelle s'applique la notion de propriété foncière. Au contraire, le fait qu'une famille d'une autre faction ou d'une autre tribu soit installée sur le mauvais territoire est assurément source de conflits.

Et lorsque la fille de la même famille célébrera son maraige avec un autre membre de la tribu, plusieurs familles invitées seront conviés à un banquet de 3 à 4 jours ou tout le monde contribue par des mets faits à la maison. Cette fête devient alors l'occasion, et la seule, de faire se rencontrer les jeunes hommes et les jeunes femme qui, chaque de leur côté de la salle, se côtoient du regard (se parlent un peu ou dancent aussi des fois, ça dépend des coutumes) avant négocier les conditions de mariage auprès des parents. Les timides ne sont pas en reste pour autant car leur mère est chargée de faire les approches à leur place en cas d'impasse...

Eh oui, nous sommes certes bien loin des sites de rencontres, de cupidon, de la cruise dans un bar ou encore des multiples mariages et de l'atomisation des familles. Sauf que cette organistion a fait de plusieurs de ces tribus de redoutables combattants qui se sont bien souvent lancés, avec succès, à la conquête du magrheb et même de l'Andalousie.

Dans un autre ordre d'idée, l'organisation sociale des Berbères et leur culture leur confère une richesse artistique et musicale bien vivante : il existe autant de style de musique traditionnelle que de tribus, c'est-à-dire vraiment pas mal. Aussi, c'est dans un contexte de fin de soirée après une journée dans le désert que nos hôtes nous ont fait le plaisir de sortir les percussions et de nous interpréter a capella des classiques folkloriques du coin. Soudain, et je ne sais pas trop si c'est parce que j'étais le seul jeune homme de moins de trente sur la terrasse ou parce que l'on m'a confondu avec une vedette locale, un des musiciens s'est précipité vers moi, m'a tendu son djembé pour que je joue à mon tour un classique folkorique de che-nous! Iiiich... Se faisant insistant et ne voyant aucun moyen de me défiler de cette indésirable mais ô combien sympathique commande musicale, je me suis levé pour aller m'assoir au milieu des musiciens. Après avoir tenté de leur faire reproduire le rythme que fait des cuillères en bois et un tapeux de pieds, j'ai aussi entrepris d'expliquer le concept de la chanson à répondre. Puis, sentant mes musiciens un peu confus mais pleins de bonnes volontés, j'ai sorti ma voie de velours : par un beau dimanche au soir, en allant me promeneeeeer. J'ai rencontré la beeeelle et lui ai demandéééé... dondaine d'laridaine matapatalimatou mantataloumalimatou mantatalou d'la ridééééé. Eh oui! L'intégrale. Un moment cocasse, et un beau peid de nez au "choc des civilisations", qui s'est terminé par des rires, des blagues et du bon vin marocain... offert par un "barbare" à une "grenouille".

Bientôt : l'influence protuguaise et ma première visite dans un hammam. A suivre...

6 commentaires:

  1. tu fais un fier ambassadeur! moi j'aurais plutôt opté pour un go habs go hey hey hey goodbye, mais ça c'est juste la fièvre du hockey!
    tu ne nous as pas révélé le plus important: tu t'es trouvé une femme avec toutes ces simagrées?
    et ton arabe dans tout ça?

    tu fais envie, bonne route!

    mado xx

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  2. Hé frèrot! Prends-nous donc une photo de ce Amazir, l'homme libre!
    Qu'est-ce que t'écris bien, Nico, c'est un plaisir de te lire!
    'tite mais grande soeur.
    xx

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  3. ta pas poussé jusqu'à leur montrer le set-carré?

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  4. L'arabe se porte bien et j'écrirai sans doute un mot sur la condition de la femme prochainement. Femmes avec qui j'ai des rapports pour le moins limités...

    Je n'ai pas poussé jusqu'au set carré cela étant dit!

    Anik, demande à Hélène pour les photos... elle en a pas mal que je n'ai pas.

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  5. salut Nicauloin

    Je joins le club de tes fans avec un peu de retard, pour cause de voyage... Je souscrits à tous les commentaires élogieux. Tu racontes avec justesse, humour et juste un brin de fantaisie l'aventure marocaine. Et ça me rappelle des moments inoubliables! Je pensais lire ton aventure au hamman, mais bon ce sera vraisemblablement un peu plus tard. Tu dois dormir du sommeil du juste, à l'heure qu'il est, enfin, peut-être... mais ici toutes les chaumières du Québec vivbrent pour les Canadiens qui mènent 0 à 0 en fin de deuxième période! Go habs go!

    À + Hélène xxx

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  6. Salut Nico!

    C'est pas mal chouette de te lire, continue comme ça!

    Poignée de main virile,

    Elpé

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