mardi 29 juin 2010

Quand le tourisme souffre d'embonpoint sévère

À l'heure actuelle, se rendre jusqu'à l'authentique oasis de Siwa n'est pas une chose simple. À partir d'Alexandrie par exemple, il faut compter entre 7 et 9 heures d'autobus à travers le désert qui chevauche une bonne partie de l'Égypte et de la Libye. Autrement, louer un 4x4 pour se rendre d'oasis en oasis du Nil jusqu'à Siwa prend plus ou moins quatre jours... l'autobus est donc souvent l'option préférée par les voyageurs qui daignent bien faire le trajet et s'offrir un moment de tranquilité hors du commun.

Le détour en vaut la chandelle. Après quelques centaines de kilomètres de route dans un désert impénétrable, une gigantesque palmeraie verdoyante surgit soudain du néant pour y abriter une petite ville d'environ 22 000 âmes. Reposant sur une nappe phréatique que ses habitants qualifient fièrement d'intarissable, l'oasis de Siwa est rustique, riches en palmiers, en forteresses millénaires et surtout, au grand plaisir des touristes et des locaux qui s'y rafraîchissent, en sources d'eau naturelles. Encore peu fréquentée, Siwa demeure l'endroit par excellence pour faire des excursions dans le désert, se baigner entouré de dunes infinies et dormir à la belle étoile les pieds dans le sable.

Sauf que, comme partout ailleurs en Égypte un phénomène cruelle menace la tranquillité d'esprit des habitants de Siwa : le tourisme de masse. En effet, une autoroute est présentement en construction entre le Caire et cet oasis qui ne pèse pas lourd démographiquement - à peine un pourcent de la population de la capitale. Je le sais parce que Amir, un Montréalais, dont les parents sont Égyptiens et que j'ai rencontré à Siwa, a entraîné Patrick et moi dans une réunion de l'association touristique locale. Au fil de leurs discussions, les membres de l'association nous ont confié leurs plus grandes craintes quant au (sur)développement touristique - éminent - que générera la nouvelle autoroute. Outre la peur justifiée que le tourisme de masse travestisse la culture, les traditions et la langue des ces authentiques bédouins, le pire viendra sans doute de la sur-utilisation de la nappe phréatique. Non pas parce que l'eau manque mais plutôt parce que l'eau utilisée se dirige ensuite vers des lacs salés qui, déjà et malgré de vaines tentatives du gouvernement égyptien de juguler le problème, débordent et inondent des terres jusqu'alors fertiles. Les Siwens craignent donc de tout perdre dans un développement sans frein, jusqu'à l'essence même d'un oasis, soit leur relation avec la palmeraie qui procure généralement fraîcheur et récoltes abondantes.


Ce scénario échafaudé par les Siwens n'a rien d'apocalyptique. La poursuite de mon voyage en Égypte m'a permis de constater que ce scénario s'est reproduit partout ailleurs dans les deux dernières décennies. À Sharm-el-Sheik par exemple, là où, il y a une vingtaine d'année, il n'y avait que quelques hôtels sur le bord de la plage, se trouve maintenant suffisamment de Resort, de Casinos et de méga-complexes commerciaux pour permettre à cette nouvelle station balnéaire de se présenter comme une cousine de Las Vegas. Du magasin Mont-Blanc en passant par une reproduction géante du décor des milles et une nuits et des bars construits à même le roc des montagnes du Sinaï, Sharm-el-Sheik veut vous en mettre plein la vue. Le problème, c'est que la corruption et l'absence, apparente du moins, de normes de développement ont des effets désastreux sur l'environnement et les populations locales. Ainsi, la Mer Rouge et son désert avoisinant étant de plus en plus pollués et occupés, la population locale (des Bédouins encore une fois) se retrouve avec moins de poissons à manger, une perte des traditions locales et des emplois dans l'industrie du tourisme qui se résument à vendre des pacotilles dans la rue ou des tours de chameau. La manne touristique - celle qui ne quitte jamais les complexes hôteliers - fait pour ces laisser-pour-compte plutôt partie d'un rêve en couleur... avec vue sur la mer, bien entendue.

Dans mon prochain blogue, directement en lien avec cellui-ci, je vous explique pourquoi je me suis moi-même retrouver dans une croisière tout-inclus sur le Nil !!


1 commentaire:

  1. Sharm-el-Cheikh... c'est une ville par laquelle l'alchimiste passait durant sa légende personnelle. Faut croire que les choses évoluent avec le temps.
    Continue de nous raconter tes histoires, c'est passionnant à lire!!

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